VIGI-NATURE - 07200 VOGUE.

COMMUNIQUE DE PRESSE du 29 0ctobre 2006.

La Commission d'Enquête en charge du Dossier du Centre de Stockage de Déchets Ultimes de Rochecolombe vient de rendre un avis favorable plus que mitigé (deux voix pour, une voix contre, celle du Président de la Commission) quant à la possible Déclaration d'Utilité Publique du site retenu par le SIDOMSA. L'intégralité du Rapport est accessible sur le site web de la Préfecture de l'Ardèche (http:/www.ardeche.pref.gouv.fr).
Cet avis favorable, donné in extremis et sur la foi d'engagements de dernière minute du SIDOMSA, selon les deux commissaires ayant émis un avis positif, est assorti de multiples réserves, dont certaines très complexes à mettre en œuvre "avant la réalisation du projet", réserves que le SIDOMSA doit lever de manière circonstanciée dans un délai de trois mois, au risque sinon, selon un des Commissaires,  "d'une cascade infinie de blocages et conflits divers".
VIGI-NATURE tient au préalable à saluer l'impartialité, la qualité et le sérieux du travail de la Commission, consciente de l'ampleur de l'enjeu, qui a établi un rapport de 120 pages très exhaustif après avoir entendu toutes les parties et étudié soigneusement le dossier.
L'avis favorable est donné du "bout des lèvres",  presque "à reculons", au seul prétexte qu'il y aurait urgence, après tant d'années d'atermoiements, à trouver une solution en accord avec le PIED (Plan Interdépartemental d'Elimination des Déchets) et que le SIDOMSA se serait engagé en fin septembre, sans doute par crainte d'un avis globalement défavorable qui se dessinait, à changer d'attitude… Un des commissaires n'hésite cependant pas à dire qu'il ne s'agit peut-être pour l'heure que de "vœux pieux". La lecture du rapport et de l'avis motivé de la commission est, à cet égard, extrêmement instructif et l'on peut s'interroger sur la cohérence qu'il y a au final entre le flot de critiques que comporte ce rapport et un avis partiellement favorable, donné manifestement sans enthousiasme et par défaut.
Les "insuffisances multiples", les "incertitudes", "les erreurs, coquilles et oublis innombrables", le "fatras illisible" et l'absence de relecture du Dossier sont maintes fois fustigés, "insuffisance difficilement concevable dans un projet d'une telle ampleur" note même un des Commissaires. L'attitude générale du SIDOMSA, tant sur la forme que sur la méthode, est également vivement critiquée.
L'un des Commissaires, qui a néanmoins donné un avis favorable, n'hésite pas à dire que ce type de site n'eut  pas dû être retenu en raison de sa configuration et des "fortes complications qu'il entraîne" et que "la faute technique sur les sources" (omises ou niées) ou la proximité du hameau auraient dû logiquement le conduire à donner un avis défavorable et il ajoute, "sur ce projet, on a marché totalement à l'envers"!
Plus grave, le rapport note que "l'impression prévaut que la sécurité a été minorée pour atteindre une meilleure rentabilité économique, immédiatement, sans précaution suffisante envers les risques potentiels". Ainsi le rapport souligne que "le risque de recrudescence de l'action érosive", en raison de la configuration particulière du site, n'est pas réellement abordé, que la stabilité et le risque de glissement des masses stockées vers l'aval du site, comme cela s'est déjà produit à Roussas en 1993 à l'occasion de fortes pluies continues, n'a pas été sérieusement étudié, que la résistance des digues et leur ancrage semble insuffisamment pris en compte et que le risque d'incendie "majeur et incontrôlable" est sous-évalué et, à cet égard, l'avis divergent des responsables du  SDIS-07 est relevé et il est même  précisé, comme conditio sine qua non, que "les nouvelles propositions émises par le Directeur du SDIS-07, remises le 27.09.06 à la commission d'Enquête, doivent être intégralement entérinées par le SIDOMSA". La garantie, affirmée par le SIDOMSA, d'une absence d'odeurs désagréables est qualifiée "d'audacieuse et irréaliste". L'"absence étonnante" d'une étude socio-économique et, plus généralement, "la carence d'étude des retombées économiques du projet" est présentée comme "une des plus graves lacunes du Dossier" et la question du déficit d'image que la situation de ce site induirait pour les acteurs économiques et touristiques est laissée en suspend.
La capacité du SIDOMSA à mener seul ce projet est clairement mise en doute. Le fait que les communes du SIDOMSA ne trouvent que des avantages à ce choix est ironiquement souligné et l'"injustice" du choix pour le hameau de Leyris, qui ne relève pas du SIDOMSA, est mise en exergue. "Il est assez choquant que les nuisances potentielles du projet concernent essentiellement la commune de Lagorce qui ne fait pas partie du syndicat, ce qui biaise considérablement l'avis que peuvent porter les autres communes du SIDOMSA sur ce projet (en effet aucune d'entre elles n'en supportera de nuisances, mais uniquement des avantages; à l'évidence leur avis ne peut être que favorable)". L'absence de concertation et de propositions sérieuses à l'égard des riverains est également sévèrement jugée en dépit des bonnes paroles de dernière minute.
En conclusion, le Président de la Commission recommande au Président du Conseil Général de se saisir du Dossier et l'invite à étudier une autre piste que Rochecolombe, moins onéreuse et plus rapide en terme de mise en œuvre. Le coût de création du site de Rochecolombe est considéré comme excessif. Pour la première fois, à la demande de la Commission, le SIDOMSA a en effet reconnu que le coût d'exploitation serait au moins 2,5 fois supérieur au coût d'exploitation de Lavilledieu (83 euros/tonne contre 33 euros/tonne) ! L'argument économique est donc balayé et a contrario, il est fortement affirmé "qu'il est difficile d'imaginer qu'une solution plus économe que celle de Rochecolombe ne puisse être trouvée par les gestionnaires du Département". Une estimation d'économie potentielle de 14 millions d'euros est même avancée par le Président de la Commission, si un accord venait à être conclu entre SICTOBA et SIDOMSA sur le site de Grospierres.
A la lecture de ce sévère réquisitoire, l'Association VIGI-NATURE, forte de ses 800 membres, est clairement confortée dans la justesse de son combat et elle appelle tous les pouvoirs publics à prendre, enfin, en main un Dossier qui relève, dans le cas présent, de l'aménagement général du Département et non plus de la seule volonté d'un groupe restreint de communes, soucieux de gérer à son seul avantage un problème complexe qui dépasse ses compétences.