Etudes réalisées par le Cabinet Gaudriot
et reprises par la société Saunier et Associés


1 INTRODUCTION

Le Syndicat Intercommunal pour la Destruction des Ordures Ménagères du Secteur d'Aubenas (SIDOMSA) gère actuellement le CET de Lavilledieu dont la fermeture, initialement prévue au 30/06/2002, a été reportée jusqu'au 31/12/2004.
Le site de substitution devra permettre un stockage de déchets ménagers et assimilés pour une durée de 15 à 20 ans, ce qui représentera à terme un volume total de 300 000 à 400 000 m3 sur une surface totale de 40 à 50 ha.
A cet effet, 20 sites ont été sélectionnés et le plus intéressant, selon les critères employés, est apparu être celui du ravin du Devessou-Grand Devois, situé sur la commune de Rochecolombe.
Sur ce site, la société HYDROC (Pierrelatte, 26) vient de réaliser un multi‑traçage afin de vérifier son indépendance vis-à-vis de certains points d'eau alentours.
A la demande de l'association Vigi-Nature, nous avons effectué un déplacement sur le site afin de visualiser les points d'injection et de rencontrer l'équipe municipale de Rochecolombe.
Madame le Maire de Rochecolombe nous a remis une copie du mode opératoire proposé oeuvre par HYDROC. Il s'agit d'une opération de mulfi-traçage avec injection dans trois forages et suivi en continu dans trois points d'eau souterraine ainsi que dans deux points d'eau superficielle.
Le présent document est le rapport de fin de mission qui analyse ce mode opératoire en le replaçant dans le contexte hydrogéologique du site.

2 RAPPEL SUR LA FRACTURATION DU SITE

Ce rappel est important dans la mesure où les circulations d'eau souterraines en milieu carbonaté (calcaires, marnocalcaires, marnes) sont fortement tributaires des axes de fracturation. Or, bien que visible sur le terrain et sur la carte géologique du BRGM, l'existence de cette fracturation a été niée par les études précédentes et notamment par le rapport Sogreah. Ce rapport mentionne que « il n'a pas été constaté d'accident géologique important ni de décrochement des terrains» et que seule existe, sur le site, une « fissuration peu étendue » ou « une fissuration d'extension probablement limitée », observations considérées comme « favorables [...] à la création d'un CET ».
Nous rappellerons tout d'abord le contexte tectonique du site tel qu'il apparaît dans la notice de la carte géologique d'Aubenas et tel qu'il figure dans notre rapport de juillet 2003: ((Globalement, le site du Devessou appartient au faisceau de Lespine, synclinal perché à faible pendage (50) de terrains hauteriviens chevauchés, à l'Est, par la masse urgonienne du plateau de Rochecolombe et orienté à environ N030. Ce faisceau vient buter, au Nord, contre une faille majeure orientée NE‑SW qui relie Mirabel à Pradons sur une vingtaine de kilomètres. Un tronçon de cette faille traverse le vallon du Devessou en aval immédiat du site projeté et va rejoindre Rochecolombe : afin de l'identifier, nous l'avons alors appelée faille du Devessou )>.
La faille du Devessou est donc un tronçon de quelques kilomètres issu d'une méga‑fracture d'environ 20 km de long qui traverse toute la carte géologique dans une direction dite « cévenole », c'est‑à‑dire Nord­Ouest/ Sud‑Est Compte tenu de son extension longitudinale, sa profondeur est probablement de l'ordre d'une ou de plusieurs centaines de mètres, voire d'un kilomètre.
Il ne s'agit donc en aucun cas d'une simple fissuration mais d'un accident tectonique majeur, ce qui est en totale contradiction avec l'affirmation du rapport Sogreah selon lequel « Il n'a pas été constaté d'accident géologique important ni de décrochement des terrains ».
Le protocole HYDROC mentionne quant à lui l'information suivante: « Les forages seront réalisés sur des points précis, sièges de croisement de lignes de fractures définies par l'étude photographie-aérienne de Sogreah et autres documents cartographiques existants ». Dans ce document, il est donc implicitement admis qu'il existe plusieurs fractures sur le site dont certaines se croisent pour former des noeuds, ce qui là encore ne correspond pas à de la simple « fissuration ».
La distinction entre ces deux termes est importante:
- la fissuration représente des cassures superficielles et peu étendues, de l'ordre de quelques décimètres ou de quelques mètres dont le rôle hydrogéologique est négligeable;
- la fracturation représente des cassures nettement plus profondes et plus étendues, de l'ordre de la centaine de mètres à la dizaine de kilomètres, susceptibles de jouer un rôle hydrogéologique majeur, notamment dans les formations carbonatées (calcaires, marno‑calcaires) où elles peuvent être karstifiées. ( La karstification est le phénomène par lequel certaines fractures d'une roche à dominante carbonatée s'élargissent par érosion jusqu'à former de véritables galeries par lesquelles peuvent transiter rapidement de grandes quantités d'eau souterraine ).
Il est possible d'estimer approximativement l'importance des fractures prises en compte par SOGREAH et HYDROC pour la localisation des forages d'injection. Si l'on considère que les photos aériennes utilisées sont au 1/25000, ii faut au minimum une longueur de fracture d'un à deux centimètres (sur la photo) pour pouvoir tracer un noeud de fracture: cela donne une longueur minimale de l'ordre de 500 m (sur le terrain), ce qui ne correspond plus à de la simple « fissuration peu étendue » ou « fissuration d'extension probablement limitée ». A titre comparatif, une distance de 500 m représente deux fois largeur maximale du futur CET ou sa longueur prévisionnelle.
Note importante
Au cours de notre visite de terrain, il nous a été signalé la mise à jour temporaire d'un réseau karstique en eau lors des travaux de redressement du virage de la RD 1 à Vincennes. Les ouvriers auraient mis à jour, dans le thalweg situé en contrebas de la route, un réseau karstique de quelques mètres de profondeur montrant une importante circulation d'eau souterraine. Lors de notre visite, les travaux étaient terminés et aucun indice de ce réseau karstique ne subsistait (Photo 2) : ii aurait été colmaté par du béton.
Sur le plan géologique, on se trouve ici dans la formation « n3» incluant, sous un même faciès non différentiable, les alternances marnes-calcaires de Forcemâle et les marnes inférieures de Malavas. Il s'agit des mêmes formations qui constituent la partie amont du site du futur CET du Devessou, lequel se trouve à 500 m au Nord-Est, ce qui prouve bien que ce type de formation est localement karstifié.
D'autre part, à cet endroit, la RD 1 se trouve à la limite entre les formations « n3a » et « n3c », ces dernières formant les faisceaux michoïdes de St-Pons: il s'agit d'alternances de bancs de 6 à 11 m de marnes grises et de niveaux de 5 à 8 m de calcaires à débit en miches. Au droit du réseau karstique rebouché, on constate l'existence d'une longue fracture ouverte et localement karstifiée qui intéresse tout le talus, haut d'une dizaine de mètres (Photo 1). II est donc probable qu'il s'agisse de le même fracture qui est à l'origine du réseau karstique mis en évidence en contrebas ou d'une fracture satellite. Ce type de fracture intéresse donc plusieurs formations géologiques successives qui, dans la notice de la carte géologique, sont pourtant décrites comme étant majoritairement marneuses ou marno-calcaires.


3 MODE OPERATOIRE D'INJECTION

 

3.1 Choix des traceurs
Le protocole HYDROC mentionne une « injection simultanée de deux traceurs colorés dans chacun de ces forages » sous forme de « mélange de traceur 1 et de traceur 2, 3kg de traceur 1, 5 kg de traceur 2 par piézomètre ». Par ailleurs, le suivi doit être effectué en continu aux fluorimètres
Bien que non décrite, la nature de ces deux traceurs colorés peut aisément être identifiée. En effet, les traceurs colorés les plus fréquemment utilisés par les fluorimètres sont la fluorescéine (colorant vert) et la sulforhodamine (colorant rouge). Les quantités employées correspondent à des doses de 1,5 kg/km de trajet pour le « traceur 1» et 2,5 kg/km de trajet pour le «traceur 2 ». Ces dosages sont cohérents avec ceux classiquement employés dans le karst pour ces deux traceurs, à savoir: 1 à 2 kg/km pour la fluorescéine et 2 à 4 kg/km pour la sulforhodamine.
Cependant, le choix même des traceurs est absolument incompatible avec le contexte géologique et hydrogéologique du site. Les traceurs fluorescents sont en effet des composés à longue chaîne carbonée (C20 pour la fluorescéine et C27 pour la sulforhodamine), d'un poids moléculaire important Ces caractéristiques en font des traceurs facilement adsorbés en milieu argileux et non saturé. Or ces deux conditions sont ici remplies puisque les premiers mètres de sous‑sol sont totalement argileux et que, sur la base d'un niveau piézométrique situé vers 170 m NGF, la puissance de la zone non saturée peut ici être estimée à 70-80 m.
Il est donc à craindre une forte adsorption voire un piégeage total de ces deux traceurs dans les premiers mètres d'argiles ou, en tout cas, un très fort ralentissement à leur traversée de la zone non saturée:
probabilité de restitution de ces traceurs à plusieurs kilomètres de distance dans le délai imparti pour le suivi (30 jours est donc minime voire nulle.
Les seuls traceurs susceptibles de pouvoir être employés dans ce contexte auraient été des traceurs ioniques (chlorures, iodures, bromures), de masse atomique nettement plus faible et non ou peu adsorbables. Cependant, leur délai de traversée de la zone non saturée aurait probablement été de plusieurs mois, donc de toute façon supérieur à la durée du suivi.

 

3.2 Protocole d'injection
Les deux traceurs ont été employés en mélange dans chacun des trois points d'injection. Il s'agit là d'un protocole d'injection inhabituel et surprenant l'usage voulant qu'un traceur unique et spécifique soit généralement utilisé sur chaque point d'injection.
Avec ce protocole, il ne sera pas possible de préciser le (ou les) forage(s) responsable(s) en cas de restitution à l'un des points d'eau.
Les raisons de ce protocole inhabituel ne sont pas évidentes et devront être clairement explicitées par leurs auteurs.



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